Les pouvoirs

Ma fille n’a pas eu de cheveux avant d’avoir un an.

Quand elle était en moi, il n’y avait qu’elle – c’est le seul moment de ma vie où j’ai souhaité ne dépendre et n’être que pour une personne sans avoir peur de ce que ça signifiait. Je repoussais les cauchemars et je rêvais que j’accouchais d’un chaton et je croyais que toutes les personnes enceintes faisaient les mêmes rêves que moi.

Cette semaine elle a pleuré. Elle pleure souvent. Nous sommes semblables pour ça. J’ai toujours pleuré pour tout. Avant d’être en colère, avant d’allumer tous les lampions de l’église Saint-Esprit, quand je croise un vieux couple marié depuis soixante ans qui se tient par la main avant d’aller prendre un café au Tim Hortons – mes anciens voisins -, quand je suis fatiguée et que tout m’atteint, avec ou sans raison, parce que j’aurais peut-être besoin de réapprendre à respirer.

Elle a pleuré parce que dans un devoir, il lui était demandé d’écrire deux de ses pouvoirs, en utilisant les mots de la semaine (les mots qu’elle doit apprendre pour sa dictée du vendredi.) Elle pleurait parce qu’elle me disait qu’elle n’avait pas de pouvoirs.

Ça m’a bouleversée. Je lui ai expliqué que ce n’était pas de superpouvoirs qu’il était question mais de pouvoirs. Elle n’avait pas à voler ou à traverser les murs, invisible, pour aller manger les beignes du Tim Hortons ni vue ni connue. Je lui ai dit qu’elle était la meilleure pour m’apprendre à parler comme un chat, qu’elle savait dessiner des tenues fantastiques, qu’elle était la seule personne capable de me dire je t’aime en me donnant envie de la serrer dans mes bras et d’aimer qu’elle toute la vie, qu’elle savait manger des Ferrero Rocher à la vitesse de l’éclair et rire comme si elle était un peu beaucoup possédée.

Je lui ai aussi montré une photo que Myriam Lafrenière avait fait d’elle.

Quand je regarde ma fille sur cette photo je vois les yeux de tous les possibles. Elle est forte mais fragile, elle a un toupet qui parfois ne se plie pas à ses désirs, elle a des taches de rousseurs qui me mettent à genoux, elle a des yeux que je ne comprends pas mais qui me donnent espoir.

Je lui ai montré la photo et je lui ai dit que cette fille, sur la photo, elle avait mille pouvoirs, et que ce n’est pas grave de pleurer, mais ne pleure pas ne pleure pas parce que tu penses que tu n’es pas assez forte pour la suite des choses, la suite attendra et moi je serai là et je croirai en toi quand tu ne peux pas, quand un trou dans un pantalon est la fin du monde et que l’acidité des clémentines te chavire. Je serai là.

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