Les petites barrettes

 

Ma fille était heureuse que son frère accepte de porter les barrettes qu’elle met habituellement à sa pouliche. Lui, la morve collée sous le nez, voulait des photos pour s’admirer.

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L’enfance des grands

La collection de la Courte Échelle sur des femmes fascinantes comme Rosa Parks est superbe. Les Histoires du soir pour filles rebelles sont à lire le soir ou le matin en se tartinant les cheveux de Nutella ou dans le bain sont agréables à découvrir.

Et Enfances de Marie Desplechin et Claude Ponti est un trésor récemment déniché à la librairie l’Euguélionne, une librairie féministe près du musée à ciel ouvert du Village Gai et près de chez ma cousine où j’écoute des épisodes de Law & Order en après-midi, en mangeant des frites.

Ça relate l’enfance de pirates, de la fille de l’homme invisible, de l’athlète incroyable, au poing levé, Tommie Smith, de Confucius, d’Anne Frank et d’autres enfants, entre dieux et futurs savants.

Extrait d’une entrevue de Marie Desplechin dans Libération: « J’ai écrit quelque part : «L’enfance est une forêt profonde.» On en sort un jour, on grandit. Dans cette forêt profonde, on est habité par des pulsions dont on garde la trace. On a extraordinairement peur, on est extraordinairement trahi par ses parents, et là s’enracinent des choses qu’on va vivre toute notre existence, sur un mode atténué. Et aucun parent n’est correct en fait. Il y en a pour qui c’est même spectaculaire, la comtesse de Ségur a été affamée et battue petite fille. Les enfants connaissent aussi des émerveillements. Le coup de la madeleine ne me paraît pas si con quand on songe aux souvenirs d’odeurs anciennes qui font pleurer. Ma grand-mère fumait un tabac épouvantable, le Wervik, buvait du pastis et cuisinait de la soupe. Pendant longtemps, quand je rentrais dans les cafés, il y avait cette odeur de tabac, de poireaux cuits et de fond de verre. J’étais émue. »

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Cauchemars

Shot with NOMO INS W.

Mon fils quand il fait des cauchemars c’est qu’il se trompe de porte et que je ne suis pas derrière la porte. Moi quand je fais des cauchemars c’est qu’il est dans une piscine et parle des fesses de tout le monde et je suis en colère et il décide de partir pour ne plus voir ma colère. Je le vois partir avec d’autres enfants et ces enfants lui demandent de choisir entre eux et la liberté, ou moi. Et je les entends et je retiens mon souffle parce que je pense qu’il va les choisir, eux, mais il me choisit, moi, malgré ma voix bête trop souvent, et les enfants sont furieux et le punissent de m’avoir choisie. Ils le poussent d’une construction qu’ils avaient faite, et je mords dans un matelas, ou dans des ballons crevés, pour que personne ne m’entende, et je vois mon fils tomber et finalement c’est moi qui me lève et qui va rejoindre mon fils dans son lit, pour dormir avec lui, sa chaleur et ses coups de pieds pour me rassurer.

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Six ans et soixante ans

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Ma fille a six ans et ma mère n’aime plus vieillir.

Ma fille a soufflé sur six chandelles ce samedi, mais elle n’a pas goûté le gâteau à la vanille, ni les cerises de terre que j’avais achetées pour elle. Elle adore pourtant prendre le petit fruit, le découvrir et le croquer avec ses petites dents croches.

Elle a préféré garder tout contre elle un renard qu’elle voulait depuis longtemps, un renard pour lequel elle économisait ses sous. Elle découpait dans les mêmes magazines que j’utilise pour faire des collages et elle vendait les images qu’elle y trouvait. Des pots de crème. Un visage de chat. Une mannequin déguisée en pompière, tenant un sac de McDonald’s. Elle harcelait mes frères et mes parents, dix sous pour du vernis à ongles en papier glacé et vingt-cinq sous pour une fraise géante, que je lui ai piquée, finalement.

Son oncle lui a offert le renard pour son anniversaire. Elle n’était pas certaine que ce soit le même. Elle trouvait qu’il lui ressemblait, mais qu’il n’était pas celui qu’elle avait tant voulu, dans une boutique de bonbons. Elle l’a fait sien, en rentrant ses doigts entre les coutures, en l’habillant d’une grosse culotte, lui offrant concombres, verres d’eau et siestes de quelques minutes.

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Ma fille n’a pas regretté, de ne pas avoir goûté le gâteau. Elle n’y pensait plus, avec ses cartes d’anniversaire sous elle, et son renard, sa maman renard, qu’elle disait, dans les bras. Plus tard, c’est en se rendant dans la cuisine, avec sa peluche, espérant me convaincre de la laisser boire du jus avec de la ciboulette en guise de paille, qu’elle a vu deux faons. Toute la famille s’est rassemblée à ses côtés, et nous avons regardé les faons, et leur maman, grignoter des arbustes. Ils nous regardaient, eux aussi, et nous ne bougions pas, nous les fixions, comme si, à travers la moustiquaire, notre souffle pouvait les effrayer.

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Quand ils ont quitté le terrain, ma fille, nue pied, avec son renard, a ouvert la porte et s’est rendue jusqu’à la route. Elle savait dans quelle direction les faons étaient partis, mais elle n’a pas réussi à les revoir. Elle n’était pas triste. Elle était calme et grave, comme ma fille est calme et grave quand nous parlons toutes les deux, seules, de ses secrets et des miens, de ce qu’elle trouve cruel et beau.

Petite, elle aimait les histoires de pandas qui s’enfuyaient dans une fusée. Je crois qu’elle serait encore heureuse de revoir les illustrations, les pandas cartonnés, abîmés, mais elle aime maintenant que je lui répète l’histoire de Perséphone, et de sa maman, lourde d’un chagrin incroyable, alors que sa fille lui avait été enlevée, par le dieu des enfers. Elle veut que je lui raconte, et elle parle en même temps que moi, répétant l’histoire, comme si c’était une chanson dont elle se remémorait les paroles, et elle me demande, immanquablement, si j’y crois, aux déesses et aux dieux, et si elle pourrait dormir dans les bois, pour y trouver la déesse des moissons et la prendre par la main, les jours où sa fille n’est pas avec elle.

Ma mère a dix fois plus que ma fille. Elle a soixante ans, et si moi, je n’ai jamais aimé les anniversaires, pour elle c’est récent, c’est depuis qu’elle voit les autres vieillir, qu’elle s’imagine vieillir, qu’elle ne dort pas bien, elle n’a jamais bien dormi, et elle va courir, au lieu de dormir, elle court, mais elle sait qu’elle trouvera ça plus dur, courir, un jour, et qu’elle ne doit plus se blesser, elle ne doit plus tomber en vélo, elle ne doit plus jouer à être invincible, parce qu’elle ne croit ni en la déesse des moissons, ni aux héroïnes qui gardent la peau douce et qui cicatrisent de tout en deux minutes. Le corps de ma maman est couvert de cicatrices, et ma mère est si belle, mais elle ne veut pas de nouvelles cicatrices, elle veut courir et revoir le visage calme et grave de sa petite fille de six ans.

Elle me l’a dit, que c’était difficile, elle regardait un mur, et elle m’a dit que c’était difficile de vieillir. Je n’ai pas changé de sujet. Je l’ai regardée elle, regarder un mur, et je n’ai rien trouvé pour la rassurer, sauf les faons et les renards, et la ciboulette, que je chercherais, dans le jardin, pour ma fille.

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Cour à ferrailles ou super parc d’attractions?

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photo par Myriam Lafrenière

Vendredi en souliers trop grands et costume de policer, mon fils est allé explorer une cour à ferrailles. C’était une joyeuse idée de ma copine Myriam, qui devinait que nos fistons seraient trop heureux dans ce décor de film, un décor à bousiller à coups de branche de bouleau ou de hache rouillée.

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Lieu magique pour une sortie originale: Auto Parts Colmor.

Photos: Myriam Lafrenière, fée espiègle qui aime la salade du Subway.

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Que des câlins pour l’automne

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J’aimais l’été, je passerais mon temps en robe légère, à manger les framboises que nous trouvions dans la forêt, près du chalet familial. Je laisserais mes enfants grimper dans tous les tracteurs aux pneus dégonflés que nous croisons dans une carrière désertée.

Mais parfois il pleuvait, parfois ça explosait de partout, sur la route et dans le cœur de toute la famille. Je passerais mon temps dans les montagnes russes des petits à la Ronde, je préférerais avaler de la slush trop sucrée plutôt que d’avoir à trouver les mots pour tous ce qui était moins beau, cet été.

Parfois je les trouve, les mots, et je réussis à ne pas les crier, à ne pas m’emporter, à juste écouter, et à dire à ma belle-fille, tu sais, au lieu de te couper, la prochaine fois, la prochaine fois, dessine-toi des étoiles partout sur les mains et les bras.

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On t’aime Mickaël Gouin: rire, délire et zéro ennui

MICKAËL GOUIN ON T'AIME

Quand une pièce de théâtre d’été commence avec quelques notes de la chanson Le petit pinson de Normand D’amour, je devine direct qu’On t’aime Mickaël Gouin  est un délicieux moment à passer avec mes belles-filles.

Le comédien Mickaël Gouin se retrouve prisonnier d’une maison de weirdos, suite à un accident de voiture. Des chorégraphies entrecoupent les scènes déjà super divertissantes de la pièce, jouée dans un décor enchanteur pour quiconque vit son été dans les ruelles de Montréal plutôt que près du Théâtre des Cascades.

Ma belle-fille de vingt-ans a fait semblant d’être blasée, mais elle riait souvent. Ma belle-fille de treize ans, c’était un bonheur de la voir sourire et rire, les yeux lumineux, alors que c’est si rare, de la voir comme ça, sans idées noires derrière ses cheveux plus beaux que ceux de Gisele Bundchen.

laughing girl par Polyvore

Selfie, culte de la célébrité, épidémie de rose, Cendrillon et gardiens de prison, On t’aime Mickaël Gouin est une comédie dite inquiétante, qui touche à des préoccupations sérieuses sans prendre les ados pour des petits cons qui ne pensent qu’à leurs boutons et sans les prendre non plus pour des assoiffés de morale à deux sous.

Il reste 5 représentations, choisissez Mickaël Gouin plutôt que la Ronde cette semaine!

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